Le sommet conjoint SADC-EAC a exigé que la République Démocratique du Congo engage des négociations directes avec le M23, tout en maintenant le cadre du processus de Nairobi. Toutefois, ce même sommet a refusé de satisfaire au prétexte avancé par le Rwanda concernant la menace supposée des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR). Une incohérence manifeste s’impose alors : si la dynamique diplomatique régionale exige de Kinshasa qu’elle dialogue avec une rébellion soutenue par une puissance étrangère, pourquoi n’exige-t-elle pas, avec la même rigueur, que Kigali engage des pourparlers avec les FDLR, et qu’un cadre similaire à celui de Nairobi soit mis en place pour cette problématique?
Un ancien ambassadeur du Rwanda en poste à Kinshasa avait lui-même reconnu que les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) avaient considérablement affaibli les FDLR, réduisant ainsi leur menace à une insignifiance stratégique. D’ailleurs, en 2020, une opération militaire conjointe RDC-Rwanda avait traité cette question de manière substantielle. Dès lors, persister à agiter l’épouvantail des FDLR relève davantage d’un prétexte géopolitique que d’une réalité sécuritaire tangible.
Ce constat met en lumière une vérité accablante : l’Afrique demeure incapable de prendre en main ses propres conflits et de les résoudre en s’appuyant sur ses valeurs ancestrales, telles que la tradition du palabre sous l’arbre à palabres. L’absence d’une approche équitable et l’évidence des partis pris fragilisent les mécanismes régionaux de résolution des crises. Cette posture biaisée des instances africaines laisse présager que l’Union européenne, tout en affichant une posture diplomatique de médiation, risque d’adopter la même ligne de conduite inspirée des africains. Car si les Africains eux-mêmes peinent à s’accorder sur une solution juste et durable, comment espérer qu’un acteur extérieur puisse y parvenir ?
Les sommets, les réunions diplomatiques, les déclarations de compassion et les sanctions inscrites sur du papier ne suffisent pas. Tant que la RDC et ses dirigeants n’auront pas pleinement pris conscience de cette réalité, la guerre à l’Est restera une plaie ouverte, et la souffrance du peuple congolais, sa douleur et sa misère, une fatalité sans fin. La clé du salut réside dans la construction d’une République authentique, fondée sur l’unité nationale, le respect des engagements pris et la considération mutuelle entre les acteurs politiques et sociaux.
Joseph Kabila, en son temps, avait perçu l’impératif d’une telle approche. Malheureusement, il quitta le pouvoir sans avoir pleinement concrétisé cette vision. Aujourd’hui, il revient aux nouvelles générations de dirigeants d’en faire une priorité absolue, sous peine de voir le Congo s’enliser encore davantage dans les méandres de l’instabilité.
Arsène ZAGABE, Communicateur pour la Paix.
La Rédaction.










